Riviera de Mathilde Janin, un roman rock

Riviera est un alien de la rentrée littéraire. Le roman (peut-on vraiment l’appeler ainsi ?) ne correspond à aucun genre. On y suit Philippe, Nadia et Frédérique, trois exilés qui ont fui l’Amérique et le virus Ebola de 1991. Il est musicien de la scène indé, Frédérique aussi et Nadia directrice d’un label.

A travers les chapitres et les parties, nous suivons une partition sans chronologie. La mort de Philippe rassemble les deux femmes. D’où peut-être ces aller-retours entre passé lointain, passé proche et présent…

Les personnages que nous propose Riviera sont plus névrosés les uns que les autres. Deux musiciens écorchés vifs, venus de France; une émigrée de l’Est qui sait ce qu’elle veut. Philippe et Nadia se rencontrent, s’aiment, se détestent mais se marient. La structure du roman mime la relation entre ces deux amants rassemblés par une peur de vivre. Leur amour est hors du temps : la folie de Philippe le ramène sans cesse vers le passé quand celle de Nadia les propulse vers l’avant. Comme leur relation, le roman est fait de va-et-vient arythmiques. Le tout sur fond de musique rock et de sexe.

Le roman est construit comme un album de rock : morceaux énergiques qui racontent la relation dévorante de Philippe et Nadia, slows qui expliquent la mélancolie du passé. A chaque changement de chapitre, le ton diffère. Mathilde Janin nous offre une oeuvre riche sous tous les angles. Chaque point de vue y passe, chaque folie.

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Mutuelle étudiante : l’enfer de l’attente

Ici, les bureaux ressemblent à des miniatures. On en compte deux. Le second est désert. Le poste de ticket attend les demandes. Une dizaine d’étudiants patiente. Certains debout, d’autres assis par terre, le reste sur des chaises en bois. Toutes les trente secondes, un soupir exaspéré rompt le silence.

Les conseillers ne semblent pas mesurer l’agacement.

Sur les tables, des brochures colorées attirent l’œil. Un silence de plomb pèse sur la salle. Ici, l’attente dure au moins une demi-heure.

Au guichet, un étudiant qui prend son temps ne semble pas mesurer l’agacement de ses congénères.

Il y en a pour tous les goûts : demande d’attestation, de renseignements; des plaintes, un besoin de carte vitale… ou un besoin vital de remboursement.

A Nanterre comme à Jussieu, c’est la même histoire : on fait la queue une heure pour un bout de papier.

Une étudiante soupire. « Pff… Je vais mourir. » « C’est tout le temps comme ça? » demande une autre. Deuxième soupir.

Le temps est comme ralenti, étiré, déroulé à l’infini. La patience n’est plus une vertu, c’est une obligation.

De temps à autre, un étudiant abandonne. Avec un soupir de désespoir, le regard aux abois, il quitte sa place.

Ce n’est pas aujourd’hui qu’il récupérera son précieux papier.

Shakespeare réécrit pour un public moderne : le défi de Margaret Atwood et Howard Jacobson

Margaret Atwood, romancière canadienne, et Howard Jacobson, écrivain anglais, rejoignent The Hogarth Shakespeare Project. Leur défi : réécrire Shakespeare pour un public contemporain. Un « défi terrifiant » selon eux, mais tout aussi excitant.

Deux écrivains adaptent un sommet de la littérature

Réécrire Shakespeare, le défi n’est pas simple. C’est pourtant ce à quoi s’attellent les écrivains Margaret Atwood et Howard Jacobson. L’auteure canadienne se charge d’adapter La Tempête, le romancier britannique Le Marchand de Venise. Principal changement à venir : les pièces seront réécrites en prose et non en vers.

Howard Jacobson reconnaît la folie de ce défi : « L’idée est de rendre Shakespeare plus accessible. Il faut être fou pour penser à faire cela, et plus encore pour essayer d’écrire une nouvelle version. […] Seul un fou penserait qu’il y a quelque chose à ajouter à Shakespeare. Mais il n’a probablement jamais rencontré de Juif, l’Holocauste n’avait pas eu lieu et l’antisémitisme n’avait pas nom. Pourrait-on écrire la même histoire aujourd’hui, alors que les références ont tellement changé ? C’est le défi. »

Margaret Atwood a déjà vécu une aventure de ce type. Dans The Penelopiad, elle a réécrit L’Odyssée d’Homère selon le point de vue de Pénélope, l’épouse d’Ulysse. Elle s’attaque à présent à un monument de la littérature britannique, « un de [ses] préférés » selon son propre aveu : La Tempête.

Margaret Atwood et Howard Jacobson

Le projet The Hogarth Shakespeare

Atwood et Jacobson rejoignent ainsi Anne Tyler et Jeanette Winterson dans le projet The Hogarth Shakespeare. Les réécritures devraient paraître en 2016, à l’occasion du 400e anniversaire de la mort de Shakespeare. Le projet Hogarth a été lancé en 2012 dans le cadre d’un partenariat entre les maisons d’éditions Chatto&Windus (Royaume-Uni) et Crown (Etats-Unis).

L’éditrice du projet, Clara Farmer, se montre enthousiaste : « Ce qui on a vu jusqu’ici, ce qui est si magique, c’est qu’on entame une conversation avec un auteur. S’il aime l’idée de répondre à Shakespeare, il sait déjà quelle pièce il veut réécrire, même si d’autres pièces peuvent l’être. »

A quand une adaptation moderne de Racine ?

Que pensez-vous d’une réécriture moderne d’une pièce du Moyen-Âge ?

Les lieux qui ont inspiré les écrivains américains

L’Amérique ou l’Europe ? C’est la question que semblent se poser les grands auteurs américains. Leur œuvre est souvent divisée entre les racines et l’attrait du Vieux Continent. Cette carte montre bien le dilemme entre les deux continents. 

Une inspiration tirée des origines

Les grands écrivains américains puisent leur première inspiration dans leurs racines. Edgar Allan Poe (Nouvelles histoires extraordinaires), dès le début de sa carrière, tire dans New York, Boston et Philadelphie – où il a vécu – les éléments inquiétants de son fantastique. Nathaniel Hawthorne (La lettre écarlate) écrit sur le Massachussetts et le Maine, deux Etats où il a grandi et vécu. Francis Scott Fitzgerald tire de sa mauvaise expérience avec l’élite de Princeton et de Long Island la matière de ses romans, comme Gatsby le Magnifique.

D’autres auteurs américains utilisent leurs origines pour dénoncer les travers de leur pays. Henry James, Américain naturalisé Britannique, confronte le puritanisme des Etats-Unis à la modernité de l’Europe. De même, John Steinbeck et Jack Kerouac, auteurs phares de la beat generation, font de la Côte Pacifique et la Californie les toiles de fond de la crise sociale et économique des Etats-Unis après 1929.

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Lecteur ou menteur ? Ces livres qu’on prétend avoir lus

Une étude menée sur 2 000 britanniques montre que les grandes œuvres anglaises ne sont pas les plus lues. 62% des personnes interrogées prétendent avoir lu certains classiques … sans jamais les avoir consultés.

« Être cultivé, c’est sexy »

78% des 2 000 britanniques sondés assurent qu’ils ont lu de grands classiques. La vérité est toute autre : ils n’ont jamais parcouru la moindre page de ceux-ci. Une équipe de chercheurs a prouvé que ces lecteurs sont en fait menteurs en les interrogeant sur leur contenu. Plus de la moitié des sondés possèderaient les classiques britanniques sur tablette… mais ne les ont pas consultés ! La moitié admet toutefois avoir déjà menti pour gonfler leur culture.

Parmi les 10 titres les plus utilisés pour briller en société, 1984 de George Orwell figure en tête (26%), suivi de Guerre et Paix de Léon Tolstoï (19%) et des Grandes espérances de Charles Dickens (18%). D’autres auteurs phares de la littérature anglophone sont exploités : JD Salinger et son Attrape-cœurs, le Passage vers l’Inde d’EM Forster, le Seigneur des Anneaux de JRR Tolkien ou encore Orgueils et Préjugés de Jane Austen !

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Des bibliothèques dans le métro

Londres et Shanghai encouragent la culture d’une manière originale. Les stations de métro des deux villes proposent d’emprunter gratuitement des livres. Une seule contrepartie : le reposer à une station quand ils sont finis.

A Shanghai, ville invitée du Salon du livre de Paris 2014, la bibliothèque se situe sur la ligne 2. Un libraire de la ville, Aizhi, et le revendeur chinois Hujiang.com ont mis en place une opération d’un nouveau genre : les usagers empruntent une livre à une station, le lisent et le déposent à un autre arrêt. « Vous allez pouvoir lire un vrai livre, plutôt que de regarder votre téléphone portable pendant un trajet en métro, » souligne Zou Shuxian, porte-parole de la librairie au China Daily.

Le métro de Shanghai aux heures de pointe (source: Actualitté / Marc van der Chikjs, CC BY ND 2.0)

A Londres, c’est une lectrice, Hollie Belton qui a lancé le projet « Books on the Underground » (Livres dans le Métro). Elle souhaitait partager ses coups de cœurs littéraires avec d’autres personnes. « J’ai commencé en laissant mes propres livres ou en dévalisant les magasins caritatifs. L’idée, c’est de prendre un livre génial que vous voulez partager. Vous mettez un autocollant dessus et vous le laissez dans le métro […] Voyez ça comme une bibliothèque locale, sans les frais de retard. »

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Hamlet de Shakespeare : « trop violent » pour la British Library ?

Trahisons, spectres et meurtres… Le chef d’œuvre de Shakespeare serait-il trop violent pour la British Library ? Début août 2013, l’accès internet à Hamlet sur le site de la bibliothèque londonienne était impossible.

« Contenu trop violent »

L’accès à Hamlet bloqué pour « contenu trop violent. » C’est ce que l’écrivain Mark Forsyth voit s’afficher lorsqu’il se connecte sur la British Library. Il écrit un roman et effectue des vérifications sur la tragédie shakespearienne. Mais le fournisseur d’accès internet de la bibliothèque britannique l’empêche d’accéder à la pièce.

Une interdiction surprenante que la British Library justifie facilement. Le fournisseur d’accès internet a installé des filtres. Les utilisateurs du réseau ne peuvent pas accéder à un « contenu inapproprié ou des sites de jeu en ligne. » Un excès de zèle du filtre automatique : le Spectre du père d’Hamlet raconte crûment à son fils  comment il a été assassiné. Lire la suite